Philippe Fragier (1885 – ?)

 

 Hubert Gilles Charles de Collemagne, riche propriétaire terrien, rencontre sa femme Geneviève Fragier à Caen, chez son tailleur attitré, Isidore Fragier, dont elle est la fille aînée. De leur union naîtra Hubert René Philippe de Collemagne-Fragier le 4 janvier 1885 à Argence en Normandie. Suivront trois autres enfants, Gustave, Roseline et Henriette, qui grandiront avec lui dans le domaine de Bouverais.

 

Ils reçoivent une éducation catholique, soucieuse de perpétuer les traditions ancestrales selon lesquelles les garçons ont vocation à faire prospérer le patrimoine familial, tandis que les filles épousent un homme de leur condition qui leur assurera un avenir confortable.

 

Si Gustave et Henriette se satisfont de l’avenir tracé par leurs parents, Philippe et Roseline se montrent récalcitrants, préférant la liberté et les joies de la nature à la coercition d’un enseignement rigoriste. Seuls rayons de soleil dans leur quotidien, les cours de littérature où les deux enfants, malgré les choix austères de leur précepteur, découvrent la magie des œuvres romanesques qui éveillent leur imagination, et les périodes estivales pendant lesquelles leur tante Marie Varel s’installe chez eux avec leur cousin Achille et leurs deux cousines, Valentine et Yolande.

En 1895, c’est le drame : Philippe se trouve séparé de sa sœur Rosaline quand on l’envoie en pension au lycée Sainte Marie dont il sera rapidement renvoyé. Son père le menace de suspendre définitivement ses études et, pour dernière chance, l’inscrit au lycée Malherbe.

 

Philippe comprend qu’il est de son intérêt de satisfaire l’autorité paternelle s’il veut un jour voler de ses propres ailes. Il devient un élève appliqué et travailleur, et se passionne pour la littérature, en particulier la prose de Victor Hugo et de Chateaubriand, mais surtout la poésie d’Arthur Rimbaud. Par ses efforts, il finit par obtenir des résultats suffisamment honorables pour l’autoriser à intégrer l’Union Athlétique du lycée, où il s’illustre pour ses performances physiques.

 

En octobre 1902, il contracte la grippe et frôle la mort de justesse. De retour à Argence, il lui faudra des mois pour retrouver appétit et vigueur. Son père met à profit sa convalescence pour lui apprendre la gestion du domaine, mais Philippe ne manifeste pas l’enthousiasme de Gustave, son cadet, et n’espère que son retour au lycée pour finir ses études.

 

Il repart plein d’enthousiasme pour Caen en 1903, mais la mort accidentelle de son frère en mai 1904 scelle son sort : son père le rappelle à Bouverais pour lui succéder. Philippe proteste et tente de convaincre son père que la poursuite d’études lui permettra d’assurer une meilleure administration de ses terres, mais Hubert de Collemagne reste sourd aux arguments de son fils.

 

La fracture familiale se produit quand Hubert de Collemagne proclame le mariage de Roseline à Pierre Valban, un bourgeois d’une quarantaine d’années connu pour son caractère volage. La jeune fille est désespérée, car elle fréquente depuis quelques mois Damien Guitton, un jeune guichetier qu’elle a rencontré au Comptoir national d’escompte de Caen alors qu’elle accompagnait son père pour un dépôt d’argent, mais les supplications de Philippe, Roseline et Geneviève, leur mère, restent vaines et les noces sont célébrées le 17 juillet 1904.

 

Le lendemain, Philippe, ulcéré, décide de fuguer. Il laisse une lettre d’adieu à sa mère et quitte Argence pour Paris avec en poche l’argent qu’il a volé dans le bureau de son père. Les deux hommes ne se reverront jamais.

 

Philippe est encore mineur et n’a aucune compétence particulière, mais il nourrit l’illusion de devenir autodidacte. Il loue une chambre dans le dix-neuvième arrondissement et devient serveur dans un café pour payer son loyer. A l’exemple de Victor Hugo, il espère la gloire et se met à écrire de la poésie. Mais personne ne lui achète ses textes. Il s’essaie au roman sans plus de succès.

 

Désabusé, il se met à mener une vie dissolue, faite d’excès d’alcool et de nuits blanches, et perd à plusieurs reprises son emploi et son gite. Dans ces périodes difficiles, il obtient heureusement le soutien financier de sa tante Marie, par l’intermédiaire de laquelle Geneviève correspond secrètement avec son fils depuis son départ de la maison. Cette vie de débauche lui vaut aussi les sermonts assidus de sa cousine Yolande qui lui reproche son manque de confiance et d’ambition.

 

En 1909, Yolande Varel, devenue journaliste de renom dans le monde de la mode, décide de financer l’édition du recueil de poèmes de son cousin, mais la publication est un échec avec une petite quarantaine d’exemplaires vendus.

 

Au début de l’année 1911, toutefois, pour s’attirer les faveurs de Yolande Varel, un riche bourgeois, Arnaud de Barlemaure, s’intéresse à sa versification, et convie Philippe à quelques unes de ses réunions littéraires pour le faire connaître. Hélas le style très enflammé de sa poésie ne séduit pas son auditoire et Philippe Fragier continue à vivoter dans des quartiers sordides.

 

Et pour ceux qui auront fini la lecture du livre, la fin de la biographie en cliquant sur le lien ci-dessous. 

 

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