Victor Olivier (1881 – ?)

 

Victor
6 ans
Victor
Antiquaire

Victor Olivier nait le 18 décembre 1881 à Grasse, dans les Alpes Maritimes. Fils d’Alexandre Olivier,  savonnier parfumeur, et d'Eglantine Gressac, fille d’ébéniste, Victor passe sa prime jeunesse entre les champs de fleurs de son grand-père et les jupons de sa mère.

 

En 1883, avec la démocratisation du parfum, Alexandre décide de tenter sa chance à Paris. Il emprunte une importante somme d’argent à son père, Bastide Olivier, riche producteur de fleurs en Provence, et ouvre une parfumerie, « La fleur d’Olivier » au numéro 69 de la rue Saint Honoré. Les débuts sont difficiles et, pour épauler Alexandre, Eglantine finit par confier Victor et son frère aîné Alban à une jeune nurse, Gisèle Argenière, qui, en plus des tâches ménagères, leur enseigne la lecture, l’écriture et le catéchisme, les chérissant comme ses propres enfants.

 

Le couple n’économise pas ses efforts, consacrant ses journées à satisfaire la clientèle ou démarcher les boutiques de luxe, et ses nuits à élaborer de nouvelles fragrances ou à concevoir de nouveaux concepts publicitaires. Les enfants eux aussi sont mis à contribution et apprennent à épétaler et enfleurer les roses, jasmins, lavandes, lilas, tandis qu’Alexandre et Eglantine se chargent d’en distiller les parfums. Récompense de leurs sacrifices : une clientèle régulière commence à fréquenter la boutique.

 

En 1886, Alban entre au petit lycée Charlemagne, et la même année, Gisèle épouse un jeune passementier avec lequel elle s’installe dans le vingtième arrondissement. Victor, encore trop jeune pour être scolarisé, se retrouve brutalement privé de toute compagnie et ses attitudes enjouées virent rapidement au taciturne. Eglantine ne peut s'accommoder du mal-être de son cadet et, malgré les réticences de son époux, décide de faire appel à son père, Joseph Gressac, pour s’occuper de Victor. Les rapports entre Joseph Gressac et Alexandre Olivier ont toujours été tendus, car Alexandre, sous ses airs un peu sophistiqués et hautains, a toujours envié à son beau-père son aisance et sa simplicité naturelles. Mais le contexte difficile oblige Alexandre à lui concéder la garde de Victor.

 

Chaque fois que Joseph doit travailler dans son atelier d’ébéniste, il récupère l’enfant et lui fait partager la plus grande passion de sa vie après sa femme défunte : l’amour des "vieilleries". Nait de ces premiers contacts une indéfectible complicité.

 

Aussi, quand en 1888, Victor est à son tour scolarisé au petit lycée Charlemagne, l’enfant et son grand-père trouvent-ils plaisir à se retrouver après les cours. Joseph, restaurateur de meubles dans les plus grandes demeures parisiennes, fait découvrir à Victor les plus beaux joyaux de l’ébénisterie et l’initie à l’expertise du mobilier de collection.

 

Victor se montre assidu dans ses études et obtient son baccalauréat en 1897. Il annonce alors à ses parents son souhait de s’inscrire à l’école Boulle, rue Pierre Bordan à Paris et suivre ainsi la voie de son grand-père, mais son père s’y oppose catégoriquement. Alban n’ayant pas selon lui les facultés intellectuelles pour lui succéder, Victor incarne à ses yeux le successeur idéal. Il l’inscrit donc à la faculté des sciences et Victor, dont le caractère accommodant ne saurait, malgré le soutien de son grand-père, s’opposer frontalement aux décisions paternelles, obtient sa licence de chimie au printemps 1900.

 

La même année son grand-père maternel décède laissant derrière lui un grand vide affectif. Victor est bouleversé, mais la disparition de son aïeul, si douloureuse qu’elle soit, va lui donner le courage de s'affirmer. S’il ne peut ignorer les projets de son père, il n’envisage plus de s’y soumettre, car il se connait deux insurmontables faiblesses pour lui succéder : il n’a ni la sensibilité olfactive indispensable à la pratique de la parfumerie, ni la passion de l’exercer. Son cœur va toujours aux vieilleries de son enfance. Il est pourtant parfaitement conscient qu’il ne pourra réaliser son rêve sans le soutien paternel. Aussi décide-t-il  de préparer de front son installation et la succession de la parfumerie familiale.

 

Fort de son diplôme de chmie, il propose un marché à son père : il s’engage à le seconder à la boutique pour soulager sa mère et son frère, à la condition qu’il le laisse suivre à La Sorbonne des cours en Histoire de l’Art. Alexandre cède au caprice de son fils, sans toutefois en comprendre les enjeux, et s’en trouve récompensé par le zèle que celui-ci déploie à acquérir le savoir-faire de son père. Victor possède en outre un talent qu'Alexandre n'a pas : par un flegmatisme étudié, il parvient à séduire une clientèle capricieuse et participe ainsi au succès progressif de l’entreprise familiale.

 

Mais la motivation de Victor tient surtout à sa conviction qu’Alban est mieux disposé que lui à reprendre la parfumerie. Si son frère s’est montré hermétique aux enseignements purement théoriques pendant sa scolarité, il lui connait une grande habileté manuelle et Alban possède le nez qui lui fait défaut. Victor transmet à son frère ce que son père lui a enseigné et Alban développe rapidement une intelligence et une intuition pratiques qui répondent parfaitement aux difficultés concrètes que pose la formulation d’un parfum.

 

Les années passent et Alexandre découvre progressivement les qualités d’Alban qu’il ne lui avait pas reconnues plus jeune. En 1903, Victor obtient une licence en Histoire de l’Art Médiéval et en civilisations antiques qu’il complète en 1904 par une licence en Histoire des arts moderne et en 1905 par une licence en gemmologie.

 

Quand en 1906, Alexandre annonce à ses deux fils son désir de les nommer associés, Victor se désiste au bénéfice de son frère et sollicite de son père la permission de devenir antiquaire. Malgré sa déception première, Alexandre n’a plus de raison de lui refuser son rêve et fait l’acquisition de l’immeuble du 4, rue de Turenne pour y installer ce que Victor appellera son antiquetterie.

 

« La Fleur de Lys » ouvre ses portes le 21 mai 1906. Victor Olivier s’attend à des premiers mois difficiles, mais le défi ne l’inquiète pas car il joue désormais dans un monde dont il connait les règles. Mais pour véritablement espérer se faire une place dans un milieu où la notoriété se compte par les années de pratique, il lui reste à remédier au pire des défauts : Son extrême jeunesse, pour beaucoup synonyme d'incompétence. Il décide de se travestir et de donner naissance, par maquillage et postiches, à un personnage vieillissant, sage et mesuré.

 

Pari gagné ! Par l’assurance de son expertise et son sens avisé du commerce, il se fait rapidement un nom dans le milieu des antiquaires, incarnant à la fois celui à qui l’on demande conseil dans les salons mondains et celui dont on redoute la présence en salles de vente.

 

 

  Et pour ceux qui auront fini la lecture du livre, la fin de la biographie en cliquant sur le lien ci-dessous. 

Victor
Au naturel

Valid XHTML 1.0 Transitional