Henri Casgrain (1877 – ?)

 

Henri
6 ans

Henri
44 ans

Fils de Maurice Casgrain, boulanger, et de Gertrude Droutot, cuisinière, Henri Casgrain nait à Paris le 11 septembre 1877. Henri grandit dans la rue, aux côtés de son frère aîné Alphonse et de ses deux sœurs, Yvette et Solange. En qualité de benjamin, il est le petit privilégié de la famille et, choyé de tous, manifeste très vite le sens de la provocation et une nette intolérance à toute forme d’autorité auxquels les brutalités paternelles quotidiennes ne sauront remédier.

 

En 1883, Henri fait son entrée à l’école publique. S’il révèle de vraies facilités d’apprentissage, son caractère facétieux et bagarreur lui vaudra son renvoi de quatre écoles jusqu’à son inscription à  l’institution Saint Georges dans le dix-neuvième arrondissement, où l’enseignement despotique du père Etienne Morville lui inculque, à force de cachot et de diète, la pondération. Henri s’ouvrira de ces maltraitances à sa mère, mais n’en tirera pour maigre consolation que quelques pâtisseries de sa confection. De cet épisode de vie difficile naîtront chez Henri son sens aigu de la justice et son aversion pour l’Eglise et toute forme de religion.

 

En 1890, Henri réussit son certificat d’études qui sonne son retour à la liberté. Avec en tête ces héros intemporels qu’incarnent Robin Hood et Ivanhoé, et au cœur l’amertume de ses humiliations, il rêve de défendre les opprimés contre leurs bourreaux. Pourtant, quand il réintègre enfin le foyer familial, il n’est pas question d’épopées héroïques, car, dans la famille Casgrain, la boulange est une tradition familiale qui se perpétue de père en fils. Avec son frère Alphonse, il se retrouve au four et au pétrin à apprendre le secret de la pâte à pain. Mais Henri n’a ni l’application ni le savoir-faire de son frère, et manifeste ostensiblement son peu d’enthousiasme à reprendre l’entreprise familiale.

 

Face à sa mauvaise volonté et à ses sarcasmes incessants, Maurice Casgrain le relègue rapidement à des tâches plus ingrates, comme la livraison du pain aux restaurants voisins, le nettoyage de la cuisine et des ustensiles, l’approvisionnement en farine à la minoterie de Pantin.

 

Désabusé par la sournoiserie de son destin, Henri rumine ses espoirs d’évasion sans toutefois entrevoir la voie à suivre, ni trouver le courage, à l’exemple de ses héros, de quitter le domicile familial. Il ne trouve de réconfort que dans les bons petits plats que lui mitonne chaque jour sa mère et qui ne font qu’aggraver son embonpoint naturel.

 

Le déclic survient enfin le jour où deux apaches agressent sa sœur dans la rue et qu’il parvient à les  mettre en déroute. Encensé par son entourage pour sa bravoure, il s’étonne d’un tel enthousiasme quand son acte, naturel, l’a gorgé de bonne humeur et de satisfaction à défendre le bien contre le mal. Il décide de devenir policier, mais son jeune âge – il n’a alors que dix-sept ans – ne lui permet pas encore de postuler. Il met alors à profit ses rares instants de liberté pour se plonger dans les livres de droit et les articles relatifs aux nouvelles méthodes d’investigation policières, comme le bertillonnage.

 

Quand, en 1898, le jour même de sa majorité, il se présente à l’école pratique de la police municipale, sa candidature n’est pas retenue, au prétexte que son obésité constitue un handicap majeur dans l’exercice du métier de gardien de la paix. Déterminé, Henri ne se décourage pas pour autant et brigue le poste, plus prestigieux, d’inspecteur qu’il obtient en 1901.

 

Malgré un comportement outrancier, une aversion évidente pour l’autorité hiérarchique et une vie privée quelque peu dissolue, il étonne par sa perspicacité et sa témérité qui font de lui une recrue précieuse à la préfecture de la Seine. Ni la barbarie humaine, ni le moindre danger ne découragent sa ténacité. On lui confie rapidement les affaires les plus délicates. Par son bagou et  son caractère de bon vivant, il se tisse un important réseau d’informateurs, et rares sont les enquêtes dont il ne vient à bout.

 

Malheureusement, son sens inexistant de la diplomatie exclut de se soumettre à quelque pression politique. Par deux fois, il en vient à incriminer des membres influents du gouvernement en place, le ministre des finances Albert Marqué pour un trafic d’œuvres d’art et Gilles Brétignac, le ministre de l’intérieur, dans une affaire de subornation de témoin. Les deux ministres manœuvrent en coulisses pour étouffer les accusations à leur encontre, mais il n’est pas question pour Henri de les laisser s’en tirer : quand il comprend que la justice renonce à les poursuivre, il laisse filtrer ses informations à la presse afin qu’éclate le scandale. Son premier écart ne lui vaudra qu’un blâme, mais le deuxième entraîne son renvoi définitif des services de la préfecture de police en janvier 1911.

 

Pourtant, aux yeux d’Henri Casgrain, la sanction ne fait que légitimer sa croisade contre la corruption et la nocuité humaine. Il dépose immédiatement à la préfecture l’autorisation d’installer un cabinet de détective privé. Il obtient l’aval du préfet et le cabinet ouvre le 25 avril 1911. Reste à trouver la clientèle et il compte, pour se lancer, sur le soutien de ses anciens collègues. Il découvre, hélas, à ses dépends la veulerie ou la jalousie de ceux qu’il croyait ses amis. Les mois passent et les clients sont rares.

 

 Et pour ceux qui auront fini la lecture du livre, la fin de la biographie en cliquant sur le lien ci-dessous

 

Valid XHTML 1.0 Transitional